Lettres / Ecrivains
 
NICOLAS BOUVIER, USAGES DU MONDE EDITORIAL

Avant de devenir un best-seller vendu à plus de cent trente mille exemplaires, L¿usage du monde de Nicolas Bouvier a connu bien des déboires. Editer ce récit qui raconte son périple, avec son ami Thierry Vernet, de Genève à la péninsule indienne, entre 1953 et 1955, a été une aventure à part entière dans le prolongement de celles innombrables qu¿ils ont vécues¿

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A la fin de l'année 1956, Nicolas Bouvier est de retour dans sa Suisse natale après plus de trois ans d'absence. Trois années durant lesquelles il a parcouru des milliers de kilomètres, pour la plupart à bord de sa petite Fiat Topolino. Parti de Genève, il a rejoint son ami Thierry Vernet à Belgrade avant de prendre la route avec lui vers la péninsule indienne en traversant la Turquie, l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan. Puis, cette fois seul, ce sont " la descente de l'Inde ", le séjour à Ceylan pendant de trop longs mois et enfin la découverte du Japon.


Tout au long de ce voyage, Nicolas Bouvier n'a pas cessé de prendre des notes et d'écrire. Il n'a pas encore en tête l'idée du récit que deviendra L'usage du monde. Mais, dès son retour, il en commence la rédaction. Il en achève le manuscrit en 1961. Et encore il a volontairement limité son propos en n'évoquant pas l'Inde, Ceylan et le Japon pour ne pas en faire un nouveau " Livre des Merveilles en deux mille pages ".

Bien décidé à le voir publier, Nicolas Bouvier prend contact avec des éditeurs parisiens. Les éditions Arthaud, spécialisées dans les récits d'aventures, paraissent intéressées. Après discussion, Nicolas Bouvier et le directeur littéraire d'Arthaud se mettent d'accord pour signer un contrat. Le champagne est déjà au frais mais l'affaire ne se conclut pas en raison d'une clause ajoutée à la dernière minute par l'éditeur et qui lui aurait permis des coupes sauvages dans le texte de Bouvier. A la suite de cette première mésaventure, l'auteur suisse essuie plusieurs lettres de refus dont celle de Gallimard.

En 1963, L'usage du monde est finalement publié à deux mille exemplaires en Suisse chez Droz. L'année suivante, Julliard s'engage à l'éditer en France, cette fois à trois mille cinq cents unités. Mais entre-temps, cette maison d'édition est rachetée. L'ouvrage, déjà imprimé, est menacé d'être envoyé au pilon. Nicolas Bouvier parvient in extremis à racheter le stock pour l'écouler lui-même depuis Genève. Autant dire que le livre est quasi introuvable. Il faudra attendre encore vingt ans avant que ce récit ne soit publié en France… et ne connaisse, depuis, un succès grandissant.

FS