Lettres / Ecrivains
 
NICOLAS BOUVIER A LA CARTE

En 1955, Nicolas Bouvier débarque à Yokohama au Japon. C¿est pour lui le terme d¿un voyage commencé deux ans et demi plus tôt depuis Genève. Ses ressources financières sont au plus bas et la faim le tiraille¿

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Plus qu'à tout autre moment durant son voyage entamé en 1953, Nicolas Bouvier se trouve au Japon particulièrement démuni. A la différence de ce qu'il a connu auparavant, il éprouve en effet les pires difficultés à placer des papiers dans les journaux locaux, sa principale source de revenus. Tout au plus parvient-il à se faire engager comme photographe pour réaliser des reportages dans le pays. C'est en partie grâce à ce travail appris sur le tas que Bouvier découvre les beautés de cet archipel.


Mais cette situation reste des plus précaires. Le voyageur suisse redoute le moment où il devra faire renouveler son visa culturel auprès de la police locale. Lorsque la date fatidique arrive, Nicolas Bouvier n'a presque pas de preuves écrites de son travail sur place : des articles en langue étrangère et de trop rares photographies. Or à sa grande surprise, l'épreuve s'avère une simple formalité. Les policiers ne lui posent aucun problème. Ils vont même jusqu'à lui offrir du thé…

Tout à sa joie, Nicolas Bouvier décide, à peine sorti, de s'offrir un bon repas pour fêter l'événement. A cette époque, en raison de ses faibles revenus, il n'a pas toujours l'occasion de manger à sa faim. Il choisit donc avec minutie le restaurant et le plat qu'il va déguster. Il est aidé en cela par les vitrines de ces restaurants où sont présentées des reproductions très réalistes en plastique de chacun des mets proposés. Bouvier jette son dévolu sur " une grande côte de porc, avec des frites grosses comme le pouce ". Une fois la commande passée, il salive déjà…

Mais il doit très vite déchanter lorsque la serveuse lui apporte le plat. La côte de porc est beaucoup moins volumineuse que celle en vitrine. Pour autant, son prix en reste inchangé. Après un moment d'hésitation, Bouvier se décide à rappeler la serveuse. Il lui demande de le suivre pour lui montrer assiette en main la différence. Un peu confuse, la serveuse s'exécute. De retour dans la salle, Bouvier attend de connaître le résultat de sa démarche. Va-t-elle lui changer son assiette ou bien réduire sa note ? A son grand étonnement, aucune de ces deux solutions n'est retenue. Seule la serveuse est remplacée… Et Nicolas Bouvier de partir dans un grand éclat de rire !

FS