Lettres / Ecrivains
 
SCHWARZENBACH, L’ENFER AFGHAN

Annemarie Schwarzenbach fait la rencontre, en septembre 1938, d’une femme déjà reconnue pour ses voyages et ses écrits, Ella Maillart. Leur amitié grandit, et le projet d’un nouveau départ naît. Vers l’Afghanistan…

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Annemarie Schwarzenbach est mal en point en cette fin d’année 1938 : soumise à une nouvelle cure de désintoxication, la jeune femme, morphinomane depuis l’âge de dix-huit ans, est hantée par un insurmontable mal-être. C’est alors qu’elle fait la rencontre enthousiasmante d’Ella Maillart. Les deux inlassables voyageuses parlent, bien sûr, de départs. Ella Maillart propose de se rendre en Afghanistan, où elle voudrait étudier une tribu. Mais l’état de fatigue d’Annemarie est inquiétant…


Pourtant, un cadeau de son père - une Ford flamboyante - va relancer le projet. De plus, partir représente pour Annemarie une nécessité si elle veut se sortir de cette nouvelle impasse. Ainsi, le 6 juin 1939, les deux femmes partent à bord de la Ford en direction de la Perse et de ses vastes plaines. Elles réalisent des reportages, écrits et photographiques, et redécouvrent la Turquie, l’Iran, avant d’arriver en Afghanistan. Ella Maillart veut aider sa compagne de voyage à se désaccoutumer de la morphine. Il s’agit là d’un pacte passé entre les deux femmes avant le départ.

Tout se déroule bien jusqu’à l’arrivée à Kaboul, où Schwarzenbach est hospitalisée pour une bronchite. Elle parvient alors à se procurer de la drogue, et lorsque Ella Maillart l'apprend, la confiance est rompue. Mais la personnalité tourmentée de Schwarzenbach a profondément ému sa compatriote, qui la soutient, à son chevet. Les deux amies décident malgré tout de se séparer, car Ella Maillart veut poursuivre son chemin jusqu’en Inde.

Annemarie Schwarzenbach, quant à elle, accompagne un archéologue dans une de ses expéditions, pour se livrer ainsi à une cure brutale. Ils se rendent en plein désert, pour examiner des ruines. Un véritable enfer pour la Suissesse, en proie aux affres du sevrage. Le 29 octobre, désespérée, elle hurle, dans le désert :  «  Dieu ne fera-t-il donc jamais la paix avec moi ? » Un vent glacial souffle et emporte ses larmes. Mais lorsqu’elle rentre, deux semaines plus tard, à Kaboul, elle a réussi l’impossible : se libérer de la morphine.

DP