Lettres / Ecrivains
 
NICOLAS BOUVIER EN TOPOLINO

Après plusieurs voyages, le Suisse Nicolas Bouvier, âgé d¿une vingtaine d¿années, désire reprendre le large. En 1953, il rejoint son ami Thierry Vernet à Belgrade. C¿est à bord d¿une petite Fiat Topolino qu¿ils se lancent tous deux à l¿aventure¿

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Nicolas Bouvier est l'heureux propriétaire d'une Fiat Topolino modèle 1949 que ses parents lui ont achetée pour lui permettre d'aller suivre ses cours à l'université. C'est d'ailleurs le lendemain de ses examens et sans en attendre les résultats que le jeune homme décide de se lancer dans un voyage au long cours vers l'Inde. Ce projet est ancien. Il en a rêvé à maintes reprises avec son ami Thierry Vernet. Dans cette perspective, Bouvier a démonté avec un mécanicien sa voiture. Il en a lavé les huit mille pièces à l'essence, puis les a graissées et remontées.


Cet apprentissage s'avère très vite des plus utiles. Car si la Topolino dépasse les Balkans sans dommage, elle commence à connaître, à partir de la Turquie, des défaillances de plus en plus inquiétantes. Il la faut pousser des heures durant pour l'aider à franchir les nombreux cols. Ensuite, la neige entrave à plusieurs reprises l'élan des deux amis. Lorsqu'ils atteignent enfin le cœur de l'Iran, la batterie les lâche. Les deux voyageurs s'échinent sur le moteur, en vain… Leur salut vient d'un camion qui, sur cette route déserte, accepte de leur porter assistance. La voiture et ses passagers d'infortune sont chargés sur la plate-forme arrière du véhicule.

Mais les ornières manquent de faire passer la Topolino par-dessus bord. Finalement, les freins du camion lâchent dans une longue descente. L'accident est inévitable. Par miracle, les deux voyageurs en réchappent. Ils reprennent la route avec leur Fiat moribonde. Bouvier et Vernet ne sont pas au bout de leurs peines. Ils ne cessent de démonter et remonter le moteur ou la boîte de vitesse. Le tout, le plus souvent, sous un soleil implacable.

A chaque fois, ils parviennent à repartir. Sur la route de Kaboul, le moteur étouffe à nouveau." Cette voiture, nous l'aurions bien donnée… mais à qui ? Pas une âme à trente kilomètres à la ronde ", confesse Nicolas Bouvier a posteriori. Les deux amis arrivent dans la capitale afghane d'où Bouvier poursuit seul la route. Il franchit la passe de Khaybar et arrive en Inde. Là, après une lente dérive, il entre dans Bombay, en 1955. Il se rend à l'usine Fiat pour faire réparer sa Topolino. Et de raconter son périple au représentant italien du constructeur en Inde. Sans en avoir conscience sur le moment, Bouvier est le premier Occidental à avoir franchi plusieurs cols en voiture. Pour célébrer l'événement, Fiat lui offre un nouveau moteur… une séance de photos.

DP