Lettres / Ecrivains
 
AVEC NICOLAS BOUVIER, MIEUX VAUT EN RIRE

Nicolas Bouvier, apprenti écrivain, et son ami peintre Thierry Vernet larguent leurs amarres genevoises en juin 1953. Ils partent à l¿assaut de l¿Asie, sans idée de retour. Un périple de longue haleine, relaté dans un des chefs-d¿¿uvre de la littérature de voyage : L¿usage du monde.

Sans_titre

Nicolas Bouvier et Thierry Vernet flânent tout d’abord en Serbie et en Macédoine. Puis un bateau les mène en Turquie. Ils partagent leur temps entre la rêverie ambulante et l’écriture pour l’un, la peinture pour l’autre. Après une épique traversée de ce pays, ils atteignent Tabriz, ville du Nord-Ouest de l’Iran, où l’arrivée de l’hiver et de la neige prolonge leur séjour de six mois. 


Lorsque les routes sont finalement dégagées, les deux voyageurs peuvent enfin gagner Téhéran, en avril 1954. Là, après avoir admiré la capitale iranienne, où règne « cet inimitable bleu persan qui allège le cœur », ils se mettent en quête de l’argent nécessaire pour prolonger leur voyage jusqu’en Inde. Nicolas Bouvier rencontre un certain Ghaleb, qui, impressionné par sa description de Tabriz, lui promet de publier quatre de ses reportages.

Mais le temps passe et la publication tarde. Thierry Vernet parvient à exposer ses toiles, mais n’en vend aucune. Les deux amis désespèrent : ils seront bientôt sans ressources. Ils se résignent à frapper à la porte de l’Institut franco-iranien pour demander de l’aide. Son directeur accepte de les recevoir. Rasés et cravatés, les deux voyageurs sont accueillis par un homme intimidant et ombrageux. « Alors, de quoi s’agit-il ? », leur lance-t-il. Décontenancés par cette entrée en matière abrupte, Bouvier et Vernet proposent timidement quelques menus services. Les uns après les autres, leur interlocuteur les écarte d’un revers de main.

C’est l’impasse. La situation est d’autant plus angoissante pour les deux hommes qu’il  s’agit là de leur dernière perspective de revenus. Epuisé et affamé, Thierry Vernet craque nerveusement : il part dans un « fou rire ensoleillé » et irrépressible. Nicolas Bouvier lui emboîte bientôt le pas. Le tout sous l’œil médusé du directeur… qui ne résiste pas longtemps et rit de bon cœur avec les deux Genevois. Une fois le calme revenu, le directeur, pas rancunier, accepte de les aider. Les voilà sortis d’affaire…  

DP