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Le romancier d’origine catalane, Enrique Vila-Matas, aime à jouer avec la réalité dans ses fictions. Espion à ses heures, en toute logique, il a cherché à rencontrer l’un des maîtres incontestés de la littérature d’espionnage : Graham Greene…
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En 1982, Enrique Vila-Matas se trouve en transit à Antibes. Il est arrivé dans la station balnéaire le matin et doit y rester quelques heures pour attendre l'un de ses amis. Pourquoi ne pas profiter de l'occasion pour rendre visite à l'écrivain Graham Greene ? Vila-Matas sait que le romancier anglais habite ici. Il a même son adresse. Rien de bien étonnant à cela ! Depuis quelques temps Greene fait la une de la presse après avoir publié un texte d'une vingtaine de pages qui dénonce la corruption sur la Côte d'Azur.
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Son J'accuse est censuré en France ce qui a provoqué la colère de l'auteur du Troisième homme. En signe de protestation, il rend d'ailleurs sa Légion d'honneur. Vila-Matas est bien loin de ces polémiques-là. Il souhaite simplement rencontrer ce romancier à la vie très secrète. Arrivé dans la rue où vit Greene, il prend son courage à deux mains et sonne à l'interphone. Son anglais est balbutiant mais il se dit qu'il aura tout de même le courage en cas de réponse de dire quelques mots. Dans la rue, il règne une effervescence inhabituelle en raison d'une bagarre entre marins. Cette agitation finit par avoir raison de ses dernières forces de Vila-Matas : sans attendre un mot de Greene, il part après avoir sonné.
Dans sa " fuite ", tout au plus distingue-t-il l'écrivain à sa fenêtre. Vila-Matas l'imagine en colère contre lui et les marins. Toute cette animation ne peut que nuire à la tranquillité du romancier. Laissant libre cours à son imagination, Vila-Matas le voit même lancer un encrier dans sa direction. De la marque Pélican, il serait tombé à ses pieds. Et Vila-Matas l'aurait ramassé et gardé précieusement telle une relique.
Cette histoire en partie imaginée figure dans un des romans de Vila-Matas : Etrange façon de vivre, publié en France en 2000. Elle a connu une suite pleine de malices comme les aime l'écrivain catalan. " L'ironie, avoue-t-il, c'est qu'un ami portugais m'a offert plus tard cet encrier Pélican, qui se trouve dans l'entrée de mon appartement. Beaucoup de personnes quand elles le voient, me demandent si c'est celui de Graham Greene. Je leur dis : " Oui, oui..." C'est la fiction-réalité parfaite ! "
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FS
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