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Cléopâtre
Je lis dans vos regards les bonnes nouvelles.
Quoi ? L'épouse légitime vous informe
Que vous pouvez rentrer ? Ah, que je voudrais
Qu'elle ne vous eût jamais permis de venir !
Mais qu'elle n'aille pas dire que c'est moi
Qui vous retiens. Je n'ai sur vous aucun pouvoir.
Vous lui appartenez.
Antoine
Les dieux m'en soient témoins...
Cléopâtre
Oh, fut-il jamais reine
Si durement trahie ? En fait, dès le premier jour, J'ai vu le mensonge à l'oeuvre.
Antoine
Cléopâtre...
Cléopâtre
Pourquoi devrais-je croire que vous puissiez être mien
Et dire vrai, même secouant de vos serments
Le trône de tous les dieux, puisque à Fulvie
Vous avez menti, bel et bien menti ? Folie furieuse
Que de me laisser prendre à ces promesses
Du bout des lèvres, et qui se rompent dès que faites !
Antoine
Ma reine, ma douce reine...
Cléopâtre
Non, je vous prie, ne vous excusez pas de vous en aller,
Dites-moi adieu, et partez. Quand vous étiez ici
A me faire la cour, ah, c'était bien alors le temps des mots.
Pas de départ ! l'éternité sur nos lèvres et dans nos yeux !
Le bonheur sous les arches de nos sourcils !
Rien de si humble en nous qui n'eût le parfum du ciel !
Tout cela a-t-il disparu ? Ou toi, le plus grand soldat de ce monde,
N'en es-tu pas devenu le plus grand menteur ?
Antoine
Allons, madame !
Cléopâtre
Je voudrais être de ta force. Tu apprendrais
Que l'Egyptienne a un coeur.
SHAKESPEARE, William, Antoine et Cléopâtre, Gallimard, 1999.
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