Evasions / Villes
 
VIVE LE VONDEL LIBRE !

" L'occupation illégale d'un logement vide n'entraîne pas de sanction pénale. " Par cette déclaration de 1923, la municipalité d'Amsterdam autorise le mouvement des squatters, très en vogue dans la capitale hollandaise. Elle revient néanmoins sur son jugement dans les années quatre-vingt à la suite d'une crise inattendue...

Depuis sa création, le mouvement des squatters est très répandu à Amsterdam. Plus qu'une justification, la déclaration de 1923 est la preuve de l'impuissance du conseil municipal face à ces activités. Malgré une certaine tolérance, la police n'hésite cependant pas à déloger les squatters par la force...

Ainsi, dans la nuit du 23 février 1980, la police néerlandaise est une nouvelle fois appelée à intervenir dans un quartier aristocratique du sud de la ville. Un groupe de seize squatters a en effet pris illégalement possession d'un vieil immeuble au numéro 72 Vondelstraat. Sans ménagement, les forces de l'ordre prennent d'assaut les occupants et les expulsent violemment, alors que le groupe n'offre aucune résistance.

Six jours plus tard cependant, le même groupe de squatters revient dans le vieil immeuble d'Amsterdam. Cette fois-ci, si la police veut la guerre, elle l'aura. Les squatters sont ainsi équipés de casques, de barre de fer, de pierres et de fumigènes. Pour se défendre, ils appellent les journalistes à venir témoigner de la violence des policiers et élèvent des barricades pour empêcher quiconque d'entrer. Le numéro 72 Vondelstraat devient une véritable forteresse, au point que ses habitants annoncent officiellement qu'il s'agit désormais d'un Etat indépendant, " l'Etat libre du Vondel " !

Jours après jours, le nouvel Etat, concentré en un seul immeuble, attirent une foule extraordinaire de sympathisants et de curieux. Des banderoles s'étirent à toutes les fenêtres de la bâtisse. Les occupants n'hésitent pas eux-même à venir aux balcons faire des discours.

La municipalité se résout finalement à la force pour évacuer les lieux et reprendre possession de cette utopie enserrée dans Amsterdam. Le 3 mars au matin, mille deux cent policiers, appuyés par six chars de l'armée, des hélicoptères, des tireurs d'élites, des véhicules blindés et des canons à eaux, font évacuer la rue. Les seize squatters, face à cette véritable armée, préfèrent se rendre dans le calme. L'affaire de " l'Etat libre du Vondel " s'achève deux ans plus tard lorsque la ville annexe par un acte officiel l'ancien Etat, qui n'aura existé que trois jours...

ASt