Lettres / Penseurs
 
SPINOZA, LE PRIX DE LA LIBERTE

Au XVIIe siècle, un grand nombre d'intellectuels, fuyant les persécutions de leur pays, viennent se réfugier à Amsterdam pour profiter de l'esprit de tolérance qui règne dans la ville. Il n'y existe qu'une contrainte : respecter l'ordre religieux. Un Hollandais va se dresser contre cette dernière barrière...

Issu d'une riche famille juive d'origine portugaise, Baruch Spinoza reçoit très tôt une éducation religieuse, comme tous les enfants de la communauté hébraïque d'Amsterdam. Ses parents l'inscrivent ainsi à l'école talmudique et lui-même s'oriente de façon à devenir rabbin. Mais cet apprentissage s'accorde mal avec son esprit d'indépendance.

Spinoza rejette très tôt la toute puissance des Saintes Ecritures. Pour lui, toute la vérité ne peut pas s'y trouver, et les contradictions sont flagrantes. Très rapidement, grâce à sa maîtrise du latin, il se tourne vers la philosophie moderne de la Renaissance. En quelques mois, il adopte les doctrines libérales d'Hobbes et de Descartes, notamment la philosophie de la raison. Mais plus important encore, il se met à douter de ses attaches religieuses.

Sa famille s'inquiète rapidement de ses fréquentations douteuses. Spinoza a en effet l'habitude de rejoindre Jan de Witt, homme politique éclairé connu pour ses pensées libérales et républicaines. Ce dernier n'hésite pas à soutenir Spinoza dans ses réflexions, même lorsque l'Eglise commence à menacer le philosophe de censure.

En 1656, Spinoza comprend qu'il ne pourra jamais publier ses écrits sans dévoiler ses réflexions les plus profondes concernant la religion. Il prend finalement le parti de " la raison " et rejette officiellement le judaïsme et le christianisme. La grande synagogue d'Amsterdam trouve enfin le prétexte pour s'en prendre à lui. Le rabbin prononce en grande pompe une sentence exceptionnellement rare, la " grande excommunication " :

" Par décret des Anges, par les mots des Saints, nous bannissons, écartons, maudissons et déclarons anathème Baruch de Espinoza. "

Pour la famille de Spinoza, cela signifie que tous les liens avec lui sont rompus irrévocablement. Contraint de fuir la ville, le philosophe peut franchir un nouveau pas. Celui qui mène à sa propre conception de la liberté...

ASt