Evasions / Monuments
 
LES ANTIQUES MONUMENTS DE NIMES

Lors de son premier voyage en France en 1787, l'agronome anglais Arthur Young s'arrête à Nîmes. Il est fasciné par l'accueil chaleureux que lui réserve la ville. Mais c'est sans conteste la beauté des monuments antiques qui l'éblouit le plus...

L'amphithéâtre de Nîmes est un ouvrage prodigieux, qui démontre avec combien d'habileté les Romains avaient adapté ces édifices aux usages abominables pour lesquels ils étaient élevés. La commodité d'un théâtre qui pouvait aisément contenir dix-sept mille spectateurs, la grandeur, la manière substantielle avec lesquelles il est bâti, sans mortier, et qui a résisté aux injures du temps et aux déprédations des Barbares dans les différentes révolutions, tout cela attire nécessairement l'attention.

Je visitais la maison carrée hier au soir, ce matin encore, et deux fois outre cela dans le jour ; c'est sans comparaison le bâtiment le plus léger, le plus élégant et le plus agréable que j'aie encore vu. Sans avoir une grandeur imposante, sans étaler une magnificence extraordinaire pour créer la surprise, il fixe l'attention : il se trouve dans ses proportions une harmonie magique qui charme les yeux. On ne saurait distinguer une partie particulière de beauté par excellence ; c'est un tout parfait de symétrie et de grâce. Quelle est l'infatuation des architectes modernes qui méprisent la chaste et élégante simplicité du goût, manifeste dans un pareil ouvrage, pour élever des amas de sottises et de pesanteur tels que ceux que l'on voit en France ?

Ce que l'on appelle le temple de Diane, les anciens bains avec leurs réparations modernes et la promenade, forment des parties de la même scène, et sont des décorations magnifiques de la ville. Par rapport aux bains, j'étais en malheur, car l'eau en était toute ôtée pour les nettoyer, ainsi que celle des canaux.

Les chaussées des Romains sont singulièrement belles, et bien conservées. Mon quartier à Nîmes était le Louvre, auberge spacieuse, commode et excellente ; c'était pour ainsi dire autant une foire depuis le matin jusqu'au soir, que pouvait l'être Beaucaire. Je dînais et soupais à table d'hôte ; le bon marché de ces tables s'accommode fort bien avec mes finances, et on y apprend quelque chose des moeurs du peuple [...].


YOUNG, Arthur, Voyages en France, Tome 1, Armand Colin, 1986.