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Si le ghetto Josefov a aujourd'hui disparu, les documents d'époque permettent de se l'imaginer. Angelo Ripellino s'efforce de redonner vie à ces rues, où la beauté côtoyait l'insalubrité...
Le pittoresque du ghetto (tel qu'il apparaît dans les photos jaunies et dans les peintures de Jan Minarik, d'Antonin Slavicek et d'autres peintres du début du XXe siècle) tenait au contorsionnisme de l'architecture, à l'encastrement et à l'imbrication de masures bancales, nues, humides, sales, véritables nids à rats. C'était un bizarre labyrinthe de ruelles crasseuses, non pavées, étroites comme les galeries d'une mine où le soleil pénétrait rarement pour balayer de ses rayons les immondices de l'ombre. Ruelles malades et laides qui traversaient le ventre d'une bâtisse, puis, bifurquant à l'improviste, venaient heurter comme des chauves-souris un mur aveugle. Ruelles crevassées parcourues par des relents de moisissure et de renfermé. Ruelles zigzagantes, avec leurs réverbères aux angles, flaques boueuses et portails de bois en ogive. Boyaux dont les saillies et les coudes avaient un je-ne-sais-quoi d'ivre, de titubant, d'onirique.
Le ghetto comptait un nombre impressionnant de cours et de galeries, galeries à l'intérieur des cours avec escaliers extérieurs compliqués, aux marches branlantes, recouverts d'un petit toit. S'il n'était pas possible d'installer les galeries sur la cour, on les accrochait tranquillement sur les façades.
Ce tas de constructions délabrées regorgeait d'habitants souvent entassés à quatre par pièce, une paillasse dans chaque angle ; cet amas nauséabond de corps n'empêchait cependant pas d'accumuler dans chaque recoin de la marchandise et d'installer des cages pour les colombes et les oies. Les habitations de la ville juive s'apparentent ainsi en raison de leur étroitesse aux maisons de poupée de la ruelle des Alchimistes. Cette étroitesse s'accompagnait toujours du cauchemar d'une possible réduction de cet espace. D'où cette fièvre de l'empilement, ce besoin de vivre les uns sur les autres comme des anchois dans un tonneau.
RIPELLINO, Angelo, Praga Magica, Pocket, 1993.
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