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JEANNE BARE, UN EXPLORATEUR TRES DISCRET

En 1767, Louis-Antoine de Boungainville débute l'une des plus fameuses campagnes d'exploration du XVIIIe siècle. En deux ans, il a prévu de recenser l'ensemble des îles polynésiennes. Pour chaque homme embarqué, ce périple est une longue et périlleuse aventure. Pour l'un d'eux, c'est aussi une grande première qui va le faire entrer dans l'histoire...

Lorsque La Boudeuse et l'Etoile repartent de Montevideo, le 14 novembre 1767, Louis-Antoine de Bougainville, commandant de l'expédition, n'a qu'une hâte : franchir le détroit de Magellan et rejoindre l'Océan Pacifique. Alors, son exploration des mers du Sud pourra enfin débuter.

Parmi les scientifiques embarqués à bord de l'Etoile, se trouve un naturaliste bourguignon, accompagné de son domestique. Au cours des deux premiers mois de mer, leur présence à bord est très discrète : ils ne quittent pas leur cabine, ce que chacun s'explique par le mal de mer du gentilhomme...

Cependant, la proximité entre le naturaliste et son domestique commence à faire jaser sur le bateau, d'autant plus que la petite taille et la " jolie " physionomie de ce dernier laissent perplexes les hommes d'équipage.

Confronté à la rumeur, le capitaine convoque le gentilhomme et lui demande de s'expliquer. Celui-ci rejette toutes les allégations, et pour y couper court, ordonne à son jeune domestique d'aller dormir dans un hamac, avec l'équipage.

En outre, à chaque escale, celui-ci multiplie les travaux pénibles, afin de prouver qu'il ne saurait y avoir de doutes sur son sexe. Le calme est revenu quand, à l'approche de Tahiti, l'Etoile embarque un indigène du nom de Boutavéry.

Aussitôt à bord, celui-ci observe l'équipage et ne s'intéresse bientôt plus qu'au jeune domestique. Se précipitant vers lui, il se met alors à crier de toutes ses forces : " Ayenne ! Ayenne ! ".

Le même phénomène se reproduit lorsque les navigateurs débarquent, pour les premières missions d'exploration sur l'île. Une foule d'indigènes se rassemble autour du jeune " homme ", poussant toujours le même " Ayenne ! ".

Le subterfuge, qui a un temps trompé l'équipage de l'Etoile, n'a en rien abusé les Tahitiens. Ceux-ci ont bien vite compris qu'ils sont face à une jeune femme. Ce qu'ils ne soupçonnent pas, c'est que le nom de Jeanne Baré vient d'entrer dans l'histoire comme celui de la première exploratrice française...

CB