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Roi de Macédoine à vingt ans, Alexandre le Grand se lance au IVe siècle avant J.-C. dans des guerres conquérantes. Il s'empare alors de l'Egypte puis de la Mésopotamie. Il livre bataille sur les rives de l'Indus. C'est là que Racine plante l'action de sa tragédie Alexandre. Porus, roi des Indes, exprime sa détresse...
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Porus
[...]
Que vient chercher ici le roi qui vous envoie ?
Quel est ce grand secours que son bras nous octroie ?
De quel front ose-t-il prendre sous son appui
Des peuples qui n'ont point d'autre ennemi que lui ?
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Avant que sa fureur ravageât tout le monde,
L'Inde reposait dans une paix profonde ;
Et si quelques voisins en troubloient les douceurs,
Il portoit dans son sein d'assez bons défenseurs.
Pourquoi nous attaquer ? Par quelle barbarie
A-t-on de votre maître excité la furie ?
Vit-on jamais chez lui nos peuples en courroux
Désoler un pays inconnu parmi nous ?
Faut-il que tant d'états, de déserts, de rivières,
Soient entre nous et lui d'impuissantes barrières ?
Et ne sauroit-on vivre au bout de l'univers
Sans connaître son nom et le poids de ses fers ?
Quelle étrange valeur, qui, ne cherchant qu'à nuire,
Embrase tout sitôt qu'elle commence à luire.
Qui n'a que son orgueil pour règle et pour raison ;
Qui veut que l'univers ne soit qu'une prison,
Et que, maître absolu de tous tant que nous sommes,
Ses esclaves en nombre égalent tous les hommes !
Plus d'états, plus de rois : ses sacrilèges mains
Dessous un même joug rangent tous les humains.
Dans son avide orgueil je sais qu'il nous dévore :
De tant, de souverais nous seuls régnons encore.
Mais, que dis-je, nous seuls ? Il ne reste que moi
Où l'on découvre encor les vestiges d'un roi.
Mais c'est pour mon courage une illustre matière ;
Je vois d'un oeil content trembler la terre entière,
Afin que par moi seuls les mortels secourus,
S'ils sont libres, le soient de la main de Porus ;
Et qu'on dise partout, dans une paix profonde :
" Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde ;
" Mais un roi l'attendoit au bout de l'univers,
" Par qui le monde entier a vu briser ses fers. "
RACINE, Jean, Alexandre le Grand dans Théâtre complet, Flammarion, 1993.
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