Arts / Peintures
 
LENINE S'INVITE AU ROCKEFELLER CENTER

En mars 1933, le peintre mexicain Diego Rivera est à New York. A la demande de John Rockefeller Junior, il est invité à réaliser des fresques pour le tout nouveau Rockefeller Center. Mais la collaboration entre la figure du capitalisme et l'artiste communiste tourne rapidement à l'affrontement...

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Elevé en lieu et place de l'ancien édifice Radio-city de New York, le Rockefeller Center se devait d'être sublimé par un artiste digne de son ambition. Ainsi, la fondation Rockefeller propose à trois peintres de se charger de la décoration : Matisse, Picasso et Rivera. Si les deux premiers déclinent l'invitation, Rivera, lui, se dit prêt à travailler pour le plus grand complexe capitaliste au monde.


Rien ne prédispose pourtant Diego Rivera, militant communiste, à servir les intérêts des Rockefeller. N'a-t-il pas, quelques années auparavant, dans l'une de ses fresques, fait de la figure de John Rockefeller Junior le symbole de la cupidité ? Mais il accepte le projet, car, dit-il, même au sein d'un tel édifice, l'art sera destiné à tous.

Le peintre a décidé très tôt du thème qu'il abordera : il s'agit de l'accession des travailleurs au pouvoir, conséquence logique du progrès. Rivera fait de ses fresques un véritable hymne politique mais déjà, les journaux américains crient à l'outrage, et les premiers visiteurs se montrent scandalisés.

Ces premières critiques ne sont pourtant rien face à la vague de protestations à venir. Car, au centre de son triptyque, Rivera peint maintenant la figure de Lénine, venant à l'aide des opprimés ! Cette fois, la fondation Rockefeller, ne pouvant accepter une telle provocation, demande que le personnage soit effacé. Et Rivera refuse.

Le 9 mai 1933, Nelson Rockefeller en appelle à la milice armée, qui prend d'assaut l'édifice, déloge Rivera et ses acolytes, et s'empresse de cacher les fresques. Celles-ci seront détruites par leur propre mécène, mais dans la plus grande discrétion, quelques mois plus tard.

De cette oeuvre originale, il ne reste que quelques photos, ainsi qu'une réplique peinte à la New Workers School de New York. Mais cette aventure restera chère à l'artiste, très sourcilleux sur son statut de peintre révolutionnaire.

GB