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En décrivant le marché aux puces, Ripellino nous fait découvrir l'atmosphère de Prague. Témoins de la profusion baroque et de l'extraordinaire, les étals nous plongent dans un monde magique.
Prague magique : réceptacle et armoire de débris et d'objets surannés, de vieux outils inquiétants, de rebuts hétéroclites, immense tandlmark, marché de fripes et de vieilleries. Ce n'est pas un hasard si, depuis le XVIIe siècle, le tandlmark (ou tármark) rouillait au coeur même de la capitale, au milieu de la Vieille Ville, hors du ghetto.
Depuis le seuil de leurs baraques imbriquées les unes dans les autres, revendeurs et escrocs hurlaient à qui mieux mieux, offrant aux passants de vieilles chaussures, des pièces d'or et d'argent, des montres, des chapeaux, des poignards, des perroquets, des cages à oiseaux, des ustensiles domestiques, de vieilles bibles, des incunables, des livres, des fourrures et des houppelandes. Ici, au XVIIe siècle, le peintre Norbert Grund vendait ses tableaux un florin. Des vivandières proposaient leurs fritures, de la viande de porc, des pois nageant dans la graisse, extrayant leur médiocre pitance de chaudrons montés sur roulettes. Une grande foule curieuse s'écoulait dans les ruelles et sur les places encombrées de vieilles baraques en bois. Maroufles, ribaudes et filous se mêlaient à cette populace.
Le grouillis, le sortilège du vieux marché aux puces, même s'il en subsiste peu de traces, perdure dans la substance de Prague. Aujourd'hui encore, au dire de Hrabal, dans les résidus de ce marché " des étoffes de couleur dégoulinent du nez des vendeuses qui mesurent les métrages avec leurs coudes, tous les jours un parasol s'épanouit sur la nuque des tisanières ", " les poches de kangourou des vendeuses recèlent des tulipes de toutes les couleurs ", " des perruches volettent dans leur cages comme des métaphores de poète ", des vieilles, " dont les visages portent les cicatrices des signes du zodiaque et qui arborent des lambeaux de peau de léopard à la place des yeux ", " exhibent des objets inutiles, déments " ; " l'une d'elles vend des roses en plumes vertes, un sabre d'amiral et des touches d'accordéon l'autre propose des caleçons militaires, des seaux de toile et un singe empaillé ". Aujourd'hui encore " ça pue le nouveau-né, la paille pourrie, le vinaigre et le chanvre ".
RIPELLINO, Angelo, Praga Magica, Pocket (Terre Humaine), 1993.
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