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ERIC TABARLY, SEUL CONTRE TOUT

A trente trois ans, Eric Tabarly est un inconnu. Et c'est dans une totale indifférence qu'il s'aligne au départ de sa première Transat anglaise, course à la voile en solitaire entre Plymouth (Grande-Bretagne) et Newport (Etats-Unis). D'ailleurs pour lui, c'est surtout l'occasion de tester le voilier tout neuf qu'il s'est fait construire : Pen-Duick II.

Pen Duick II n'est pas prêt à naviguer. Mis à l'eau début avril 1964 à la Trinité-sur-Mer, le voilier imaginé par Eric Tabarly a eu le plus grand mal à relier Plymouth dans les délais. Et le matin même du départ, le 23 mai, le marin travaille encore sur son bateau, installant les derniers instruments indispensables qu'il vient de recevoir. Il appareille en catastrophe, et se trouve finalement en bonne position au coup de canon.

Les premiers moments lui sont favorables : le voilier semble bien né. Au cinquième jour de course, il essaie pour la première fois d'avoir une liaison radio. Sans succès. C'est décidé, cet appareil qu'il n'apprécie guère restera éteint jusqu'à la fin de la course. Ni sa famille, ni les autres concurrents, ni les organisateurs n'auront de ses nouvelles. De son côté, il n'aura aucune indication sur la position de ses adversaires directs.

Cela ne le dérange pas, il a l'habitude. Mais, un incident plus problématique survient le 31 mai. Cette fois, c'est son pilote automatique qui a rendu l'âme. Après une vaine tentative de réparation, il doit se rendre à l'évidence : il lui faudra barrer en permanence. Un instant, il songe à l'abandon, mais bien vite il décide de continuer coûte que coûte, sans plus s'inquiéter du classement final.

Le 18 juin dans la matinée, après une traversée épuisante, ponctuée de nouveaux incidents, il double le bateau-feu de Nantucket, qui marque la ligne d'arrivée au large de Newport. Il croit entendre un matelot lui crier, au loin, qu'il est le premier. N'osant y croire, il poursuit sa route vers le port.

La nuit vient à peine de tomber, quand il entend une vedette s'approcher de Pen Duick II. Sa tante est à bord ; aussitôt elle lui confirme sa victoire. Contre toute attente, sans radio ni pilote automatique pendant près de trois semaines, il est le premier Français à remporter une course à la voile.

MP