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La discussion à bâtons rompus avec les étudiants devait porter sur la littérature en général. Mais un jeune Algérien prend bientôt la parole. Il s'engage dans une longue diatribe mêlée d'invectives à l'égard de Camus, en l'accusant de prendre parti sur les problèmes de l'Europe de l'Est et de se taire lâchement sur le conflit algérien. Le visage de l'écrivain révèle une tension extrême. Son entourage sait qu'il lutte contre des sensations d'angoisse et d'étouffement, et souhaite le protéger. Mais Camus veut répondre. Il essaye d'interrompre son interlocuteur :
" Je n'ai jamais parlé à un Arabe ou à l'un de vos militants comme vous venez de me parler publiquement. Vous êtes pour la démocratie en Algérie, soyez démocrate tout de suite, laissez-moi parler ".
Cela permettra à Camus de rappeler la force de son engagement en faveur des musulmans. Et de laisser voir son hésitation face à la situation du moment. Il se refuse à soutenir un mouvement qui pose des bombes aveuglément dans un pays que sa mère habite toujours. Il résume sa pensée par une phrase qu'on lui opposera jusqu'à sa mort :
" Je crois en la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. "
Quelques jours plus tard, pour préciser sa pensée il écrit au journal Le Monde qui s'est fait l'écho de l'incident ; et il ajoute qu'il n'en veut pas à son contradicteur :
" Lui savait ce dont il parlait et son visage n'était pas celui de la haine mais du désespoir et du malheur. Je partage ce malheur ".
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