Histoire / Femmes célèbres
 
LES AMAZONES DU DAHOMEY CONTRE LA FRANCE

En 1892, la France décide de soumettre une bonne fois pour toutes Béhanzin, roi du Dahomey, cet Etat très organisé qui lui résiste depuis plus de vingt ans. A priori, un exercice de routine. Pourtant, le corps expéditionnaire se heurte à une armée d'élite des plus surprenantes et des plus acharnées.

 

Le 18 août 1892, deux mille deux cents soldats, commandés par le colonel Dodds, remontent le cours de l'Ouémé pour couper le roi Behanzin et ses troupes d'Abomey, la capitale. Mais, le 19, aux aurores, les Dahoméens attaquent par surprise.


Les légionnaires ahuris découvrent alors deux milles femmes intrépides, d'une terrible efficacité. Elles attaquent au fusil et à l'arme blanche (coutelas, sabres ou assommoirs). Bravant baïonnettes, mitraille et canons, elles prennent au corps à corps des adversaires sur qui elles ont souvent le dessus. A cinq reprises, les assaillantes reviennent à la charge, et entraînent les autres guerriers. Certes, les Français finissent par l'emporter, mais cela uniquement grâce à la supériorité de l'armement. Tous sont stupéfiés par les extraordinaires aptitudes morales et physiques des Amazones.

En effet, elles ne semblent avoir aucune crainte de la mort : " ces guerrières combattent avec une extrême vaillance, toujours en avant des autres troupes qu'elles excitent au combat (...). On nous dit qu'avant le combat elles s'enivrent avec du gin anglais ". En réalité, leur courage n'est pas du à l'alcool, mais bien plutôt à un conditionnement redoutable.

Apparues dès le XVIIe siècle, elles ont d'abord été sélectionnées parmi les enfants esclaves, affranchies et incorporées au harem du roi. Plus tard, les sujets sont tenus de présenter leurs filles devant un conseil qui désigne celles qui intégreront ce corps d'élite. Dès leur plus jeune âge, elles suivent un entraînement éreintant : parcours du combattant à travers des remparts d'épine, siège d'une ville, séances de tir. Leur fidélité est mise à l'épreuve de plusieurs façons, notamment par le feu. Un témoin européen raconte par exemple comment une nouvelle recrue a dû décapiter un homme au sabre et boire son sang. Elles doivent rester célibataires et chastes. Le roi leur fait boire de surcroît des breuvages contraceptifs à base de plante. Des châtiments et des récompenses exemplaires complètent l'arsenal.

Au final, malgré des combats mémorables, le royaume du Dahomey finit par tomber sous le joug colonial le 3 décembre 1892. Jusqu'au bout, les vaillantes guerrières demeurent aux côtés du roi pour qui elles se sacrifient littéralement. Lors de la bataille de Kotokpa, deux mois plus tôt, plusieurs se coupent un sein qu'elles jettent au visage de leur adversaire afin d'exhorter les soldats. Au terme de la guerre, il n'en reste plus qu'une soixantaine sur un total de cinq mille. Ce terrible sacrifice n'empêche pourtant pas la déportation de Béhanzin en Martinique et la dissolution du corps des Amazones.

CBe