Histoire / Economie
 
LE NAUFRAGE DE WALL STREET

Quelques jours après le krach du jeudi noir à Wall Street, l'intendant de la bourse de New York, William Crawford, a retrouvé son optimisme. Pour combien de temps encore ?

  

William Crawford a les traits tirés, ce matin du 29 octobre 1929. En effet, depuis près d'une semaine, son emploi d'intendant du Stock Exchange de Wall Street l'a obligé à passer plusieurs nuits blanches.


Il lui fallait réparer tout le système de transcription des cours de la bourse de New York. Celui-ci avait été endommagé par une surchauffe le jeudi 24 octobre, le jour du krach. Il n'avait pas été conçu pour gérer des transactions simultanées d'une telle ampleur.

Tout le réseau téléphonique et télégraphique de Wall Street est de nouveau opérationnel. Une belle journée s'annonce. Les agences boursières prévoient une nette amélioration du marché financier, à en faire oublier le dérapage du " jeudi noir ". Les passants ont des mines réjouies et se pressent vers le majestueux bâtiment de la bourse, où ils espèrent combler les lourdes pertes des jours derniers.

Crawford s'arrête quelques instants dans la rue pour se faire cirer les chaussures par un jeune garçon, avec qui il échange distraitement quelques mots sur les évènements de la semaine précédente. Ensuite, il se dirige vers la grande salle de la bourse et prend sa place sur l'estrade, attendant dix heures pour sonner le gong de l'ouverture. A l'heure dite, il lève le maillet et donne un coup sec sur la cloche... Mais le son est noyé par le rugissement terrible des investisseurs qui s'exclament tous d'une seule voix : " Je vends ! "

L'intendant est tout de suite dépassé par les évènements : sous la pression de la foule, son estrade chancèle. A sa droite, un coursier est saisi par les cheveux et soulevé de terre par un dément qui crie : " Je suis ruiné, je suis ruiné ". A sa gauche, un homme hurle un ordre tellement fort qu'il en perd son dentier et, lorsqu'il se baisse pour le ramasser, est piétiné à mort. Un médecin se précipite pour le secourir ; il trébuche sur une personne qui s'était mise à genoux pour prier et, une fois à terre, se fait mordre à plusieurs reprises par un investisseur hystérique.

En quelques heures, Wall Street perd dix milliards de dollars, soit deux fois plus que n'en possède le pays tout entier. En observant ce désastre, Crawford se souvient alors de la remarque du cireur de chaussures qu'il avait écouté d'une oreille distraite : " Oui, les gens ont l'air de bonne humeur... Comme sur le pont de ce navire parti de Liverpool, il y a quelques années. Comment s'appelait-il déjà ? Ah ! Oui, le Titanic ! "

DG