Arts / Peintures
 
DALI, LES SARDINES ET LORCA

L'un est catalan. Il s'appelle Dali. Vif, expansif, il est terriblement insolite dans son accoutrement picaresque. C'est un peintre prometteur salué par la critique. L'autre est espagnol. Il se nomme Lorca. Son physique est banal. Son visage, lourd, mais rêveur. Il compose poèmes, histoires et pièces de théâtre. La rencontre des deux hommes, dans une résidence universitaire, a marqué le début d'une intense amitié...

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Lorca et Dali ne se quittent pas. Ils passent de longues soirées à parler art, lettres et musique. Epris de beauté, ils exècrent les " putréfaits ", ces bourgeois conformistes atteints de putréfaction mentale. Lorca accompagne Dali dans sa Catalogne. Là, naît un amour platonique entre la soeur du peintre et le poète. Mais, ce qu'Ana Maria apporte de paix au peintre, Salvador la tornade le disperse aux quatre vents. " Tu es une bourrasque chrétienne et tu as besoin de mon paganisme ", lui écrit-il. L'équilibre dans leurs rapports vient d'une admiration réciproque. 
 


Dali vu par Lorca : " mon ami et inséparable compagnon ". Lorca vu par Dali : " Toi, le seul homme intéressant que je connaisse ". Les deux amis enchaînent récitals, expositions, manifestes. L'osmose créatrice est telle qu'il est difficile de distinguer le poète du peintre puisque Dali écrit et Lorca dessine...

Mais plus Dali se rapproche des surréalistes, plus il s'éloigne de Lorca. Ce dernier tente en vain de raviver leurs relations. Rien n'y fait, et Dali, qui voue maintenant un amour exclusif à lui-même, met brutalement fin à leur amitié. Plus tard, il ira jusqu'à dire qu'il craignait de faire les frais des pulsions sexuelles de son ami. En fait, les causes de la rupture résident essentiellement dans le narcissisme égoïste de Dali et ses prises de positions, très éloignées de la sensibilité lyrique de l'auteur du Romancero Gitano.

Fidèle à lui-même, le peintre iconoclaste saluera la disparition de son ami, fusillé par les franquistes en août 1936, par un concert de bouffonnerie retentissant. " Assurément, je savoure mieux une bonne sardine si je pense en même temps à tous mes amis qui sont morts, de préférence s'ils ont été fusillés ou martyrisés " déclare t-il.

A un journaliste qui lui demande s'il se sent touché par la mort du poète, il répond dans un hommage tout dalien : " ça m'a plu. Par ailleurs, comme je suis un fameux jésuite, quand un de mes amis meurt, j'ai l'impression que c'est moi qui l'ai tué, qu'il est mort à cause de moi "...

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