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Au printemps 1937, en pleine guerre civile espagnole, la légion Condor, envoyée par Hitler pour soutenir les troupes de Franco, expérimente le bombardement intensif d'une cible civile : la petite ville de Guernica. À Paris, le peintre Pablo Picasso décide de s'inspirer de l'événement...
En 1937, le peintre espagnol Pablo Picasso, installé à Paris depuis plus de trente ans, reste très concerné par la vie politique de son pays natal. En homme de gauche, il est républicain et anti-franquiste de la première heure. Depuis le début de la guerre un an plus tôt, il manifeste son opposition au général Franco aussi bien par ses déclarations que par des dessins satiriques. Il connaît le danger qui menace la jeune république et critique une idéologie dont l'un des mots d'ordre durant la guerre est le tristement célèbre " Viva la muerte ! " (" Vive la mort ! ").
Malgré la propagande profranquiste, le bombardement de la petite ville basque de Guernica, le 26 avril 1937, provoque bien des remous dans l'opinion internationale. La presse française dénonce l'ampleur d'un crime difficilement justifiable par la seule stratégie militaire, et dont les victimes sont majoritairement civiles. L'Espagne ne serait-elle pas devenue le gigantesque terrain d'expérimentation de la Luftwaffe, l'aviation allemande ?
L'article relatant le bombardement, paru le lendemain à la une du quotidien parisien Ce soir, mentionne un détail : dans la petite ville dévastée, seuls un arbre et une maison seraient restés intacts. L'arbre en question n'est autre qu'un chêne célèbre, symbole et thème de l'hymne national basque.
Dès le 1er mai, Picasso dessine ses premières études préparatoires pour un tableau gigantesque intitulé Guernica, qu'il conçoit à la mesure du crime : trois mètres et demi de haut sur presque huit mètres de large. Il utilise sa technique habituelle, mûrie depuis sa période cubiste, pour suggérer l'horreur par une scène allégorique, sans la représenter de manière réaliste. Certains critiques voient dans la petite fleur intacte au centre du tableau le symbole de l'espoir, rappelant le chêne historique resté debout dans les ruines. Le tableau est exposé à l'Exposition Universelle de Paris la même année et met les inventions esthétiques de l'art moderne au service de l'engagement politique.
Quelques années plus tard en 1944, dans Paris occupée, un officier allemand visite l'atelier du peintre. Avisant une photo du tableau il demande, vivement intéressé : " C'est vous qui avez fait cela ? " Et Picasso de répondre : " Non... C'est vous ". À l'image de l'oeuvre, la réplique est restée célèbre...
AK
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