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Le jour de Pâques de l'année 1722, l'Arena, commandée par le capitaine Roggeveen, s'approcha d'une île située au beau milieu de l'Océan pacifique. Trois sommets se détachaient dans la brume. A proximité des côtes, le capitaine Roggeveen distingua peu à peu une sorte de barrière sombre contre laquelle venaient se briser les vagues. Muni de sa longue vue, il découvrit soudain le plus incroyable spectacle de sa vie de navigateur. D'immenses statues de près de vingt mètres de haut se dressaient sur la plage, le dos à la mer...
Entre 500 et 700 après J.-C., le roi Hotu Matu'a, chef d'une tribu de l'archipel des Marquises, vaincu lors d'un affrontement avec un autre clan, décida de fuir pour échapper au sort habituellement réservé aux vaincus : être mangé par l'adversaire victorieux.
Après plus de huit milles kilomètres et des mois de navigation épuisants, ses hommes et lui accostèrent, contraints et forcés, sur une petite île de vingt-cinq kilomètres sur seize, perdue au milieu du Pacifique, aride et grise, qu'ils nommèrent : " Le nombril du monde " (Te Pito Te Hennua).
La population de l'île augmenta régulièrement pour atteindre le chiffre de cinq milles personnes. Après la mort de Hotu Matu'a, des clans se formèrent et cohabitèrent.
Les descendants de Hotu Matu'a décidèrent de continuer à honorer leurs morts comme le faisaient leurs ancêtres en Polynésie. Ils élevèrent des statues représentant le chef décédé, afin que sa sagesse reste parmi eux. Dans les croyances pascuanes, les chefs une fois morts devenaient des divinités et se réincarnaient dans ces statues.
Dans ce but, les statues étaient dressées face au village et tournaient le dos à la mer. Elles regardaient et surveillaient ainsi les actions quotidiennes des habitants.
Ce culte des morts devint soudain l'objet d'une concurrence entre les tribus. S'affrontant de plus en plus régulièrement, elles voulurent marquer leur puissance par la taille des statues. Entre 1600 et 1730, une folie mégalithique s'empara de ce peuple qui, avec de simples haches de pierre, se mit à sculpter des statues toujours plus grandes, certaines pouvant mesurer jusqu'à vingt-cinq mètres de haut et peser près de trois cents tonnes.
Tous issus des flancs du volcan Rano Rakaru, ce sont près de six cents Moïs que découvrirent les hommes du capitaine Roggeven, ainsi qu'une civilisation épuisée par sa course aux géants de pierre.
CB
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